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Fabien Vorbe

Fabien Vorbe, grand joueur en devenir, s’impose progressivement dans le monde du foot et portera, on l’espère, un jour, fièrement notre pays, Haïti, à un autre niveau.

Parle-nous un peu de ton parcours.

J’ai commencé à jouer au football dès l’âge de 4 ans. A 6 ans, ma marraine et mes oncles ont décidé de former le club FC SHANA pour permettre à mon cousin et à ses amis de jouer au foot. J’y ai moi-même joué jusqu’à l’âge de 14 ans. Ensuite, j’ai intégré pendant 4 ans, le Violette Athletic Club. C’est pendant cette période que j’ai été appelé à rejoindre la Sélection Haïtienne des moins de 17 ans. Celle-ci devait participer aux éliminatoires pour la Coupe du Monde de la FIFA qui se tenait alors en Corée du Sud, en 2007. À l’obtention de mon bac au Lycée Alexandre Dumas, j’ai également reçu plusieurs offres de bourses sportives universitaires aux USA.

C’est ainsi que j’ai pu continuer ma carrière à Furman University en Caroline du Sud. J’y ai joué pendant 3 saisons dont 2 comme capitaine de l’équipe. Pendant mon temps à Furman, j’ai eu l’occasion de représenter Haïti au niveau senior, à la Coupe des Caraibes DIGICEL. C’est à ce moment que ma carrière internationale a vraiment commencé. Après ma troisième saison à Furman, j’ai eu des offres pour passer pro.

De là, mon aventure professionnelle a commencé. J’ai joué au FC Edmonton au Canada, au Tempête de St Marc, puis à Atlanta Silverbacks. Je reviens actuellement de la Suède où j’étais au Varnamo en 2ème division Suédoise. J’ai de nouveau rejoint les rangs de la Sélection Nationale et ai récemment participé au match historique contre le Kosovo, le 5 mars dernier au Kosovo. Cet été, je compte retourner en Europe et continuer ma carrière là-bas, si possible….

Ta famille compte plusieurs personnalités ayant marqué le football haïtien comme Sebastien, Philippe et Charles Vorbe. Ayant choisi la même voie, vis-tu cela comme une pression ou une motivation ?

C’est vrai qu’on mentionne souvent le nom Vorbe quand on parle du football haïtien. Inutile de dire que tout le monde dans ma famille est malade de sport et surtout de football. C’est aussi vrai que Sebastien, Philippe, Charles, entre autres, ont marqué chacun le sport national. Etant le dernier en lice, cela aurait pu, en effet, me causer un minimum de pression. Au contraire, je considère plutôt cela comme un honneur d’abord de les avoir dans ma famille, mais aussi de les avoir à mes côtés, me supportant dans toutes mes aventures sportives.

A quel poste joues-tu ?

C’est une très bonne question. Comme le dit souvent mon oncle Mino, je suis un FOOTBALLEUR, c’est-à-dire que je suis capable de jouer à n’importe quel poste, à n’importe quel moment. C’est un de mes atouts principaux.

En fait, au cours de ma carrière, j’ai eu la possibilité de jouer à tous les postes, sauf à celui de gardien de but. Je suis donc capable non seulement d’aider à la récupération du ballon, au développement du jeu mais d’apporter aussi un support offensif.

Quelle est ton équipe de rêve et ton joueur modèle?

Mon équipe de rêve peut vous surprendre, mais c’est le Milan AC. Je les supporte depuis mon enfance, et j’ai eu la chance de les voir au sommet du football mondial avec Maldini, Costacurta, Nesta, Pirlo, Kaká, Shevchenko, Rui Costa, pour ne citer que ceux-là. Ils sont malheureusement en train de vivre quelques moments difficiles mais j’ai confiance que ca va changer dans un futur assez proche, ou du moins, je l’espère. Quant à mon joueur favori, c’est Kaká. Son jeu direct, sa classe et son élégance font de lui mon joueur préféré.

Tu as joué dans différents pays et chacun d’eux possède sa manière de jouer le foot, raconte un peu.

Effectivement, chaque pays a sa philosophie footballistique. C’est une des choses qui rend ce sport si beau et si universel. Il n’y a pas une façon définie de jouer au foot. Aussi, lorsqu’un joueur change de continent, ou même de pays, on entend souvent parler de “temps d’adaptation”. Cela concerne non seulement le climat, les coutumes, la culture, la langue, mais aussi le jeu et sa popularité dans ce pays. Par exemple, en Amérique du Nord, le jeu est plus concentré sur les capacités physiques et non techniques des joueurs. Il y a donc beaucoup plus d’engagements, plus de longs ballons et plus de déchets dans le jeu. Le football européen et suédois sont, quant à eux, beaucoup plus fluides et dynamiques bien qu’ayant également une part d’engagement dans le jeu. À mon avis, c’est le foot le plus proche de celui anglais que j’adore. Par ailleurs, c’est celui qui correspond le plus à mon style de jeu…

En Amérique du Sud, le jeu est beaucoup plus technique, les joueurs plus doués et plus flamboyants. C’est généralement ce style de foot que préfèrent les Haïtiens !

Comment te sens-tu avant un match ?

En général, je suis calme. Je suis, à la fois, excité et fou de joie à l’idée de jouer un match, mais aussi calme et réservé, afin de rester tout de même concentré. Pour moi, le terrain de foot c’est mon sanctuaire, je m’y sens bien, je n’ai aucun souci. Ce n’est pas donné à tout le monde de faire ce qu’ils aiment et de vivre leur passion. Moi, j’ai cette chance.

Es-tu superstitieux comme certains footballeurs ? As-tu un rituel d’avant match ?

Je ne crois pas être superstitieux en tant que tel, mais j’ai bien mon rituel d’avant match. Le matin, je
me réveille vers 8h-9h, je prends un grand bol de céréales et bois une grande tasse de café. Ensuite, je me détends en regardant un peu la télé et en écoutant un peu de musique. Quatre heures avant le coup d’envoi, je prends mon repas d’avant match constitué, en général, de pâtes et de blanc de poulet grillé. Je m’efforce aussi de boire au moins un gallon d’eau entre mon dernier repas et le coup d’envoi du match.

Une fois arrivé au stade, je vais un peu marcher sur le terrain, j’écoute de la musique et je m’étire. Vingt minutes avant les échauffements, je me retire un peu du bruit et je fais mes prières. De même, en atteignant la surface de jeu, juste avant l’échauffement, je m’accroupis sur la ligne de touche, j’attache mes lacets et fais le signe de la croix. Je le refais au coup d’envoi, à la mi-temps et à la fin du match. C’est cela mon rituel. Je ne dirais pas que je le fais par superstition mais plutôt par habitude. Cela fait plus de 6 ans que je fais exactement ces mêmes gestes, avant chaque match.

Quels ont été tes matchs les plus mémorables? Pourquoi?
Mon match le plus mémorable s’est tenu en avril 2007 lors des qualifications pour la Coupe du Monde à Tegucigalpa en Honduras. C’était notre premier match des éliminatoires et on jouait contre le Honduras, pays organisateur, devant plus de 20 000 spectateurs. Le stade était bouillant et juste après la quinzième minute de jeu, j’ai marqué un but. Ce moment reste jusqu’à présent gravé dans ma mémoire ! Bien que les Honduriens ont réduit l’écart peu après, nous avons quand même pu faire un match énorme. Nous sommes sortis avec un point précieux, qui nous a été essentiel par la suite, pour nous qualifier pour la Coupe du Monde. Les autres matchs mémorables, ont été, bien évidemment, les matchs de préparation pour la Coupe du Monde. Notamment, celui contre le Pérou au Stade Sylvio Cator. C’était un match amical mais bourré d’émotions.

Quel est ton meilleur et ton pire souvenir concernant le football ?

Mon meilleur souvenir, c’est bien sûr, lorsque nous avons été qualifié pour la Coupe du Monde en gagnant notre dernier match des éliminatoires contre le Salvador, avec un score de 3 à 0. Nous avons réalisé un exploit, en nous qualifiant 1er de la CONCACAF. Par la même occasion, nous avons empêché le Champion en titre, le Mexique, de se qualifier. Le fait d’avoir pu accomplir cette tâche, marquer l’histoire, y jouer un grand rôle, et ce, en provoquant la joie d’un peuple, comme nous avons pu le faire… c’est un sentiment sans pareil! C’est sans doute mon meilleur et plus beau souvenir.

Mon pire souvenir fut lors de mon temps au FC Edmonton. J’ai eu une altercation avec notre coach assistant, un Hollandais, avec qui, jusqu’alors je m’entendais super bien. Il m’a tenu des propos racistes lors d’une séance d’entraînement vers la fin de la saison. Plus tard, cela m’a conduit à laisser le FC Edmonton, à la fin de la saison, lorsque j’ai su que cet entraîneur serait toujours au sein du club, la prochaine saison. Par la suite, il a été quand même viré.

As-tu un conseil à donner aux jeunes qui souhaitent devenir footballeurs professionnels ?

Le meilleur conseil que je pourrais donner aux jeunes qui souhaitent devenir footballeurs professionnels un jour, c’est : croire en soi et en ses capacités. Ensuite, bien évidemment, il faut se donner à fond, faire les sacrifices nécessaires, comme par exemple l’alimentation, l’hygiène de vie et ne jamais baisser les bras. Dès qu’on croit en soi et en ses capacités, on est capable d’accepter le dur travail qu’on consent à faire les sacrifices nécessaires, tout est possible! Etre footballeur professionnel, c’est bien plus que d’être un bon joueur de foot ! Il ne faut surtout pas l’oublier.

Publié dans NB #33 – Juin/Juillet 2014

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